Où en est-on des addictions en restauration ?
Longtemps considérées comme des « habitudes du métier », les addictions - à l’alcool, aux drogues, aux médicaments - gangrènent encore les coulisses de la restauration. Mais les choses bougent et certain·es choisissent la sobriété, la résilience, et un autre modèle de travail.
Cadences infernales, pression constante, nuits sans fin : en restauration, cela fait des décennies que les substances sont parfois utilisées pour tenir le rythme. Selon une étude parue en juin 2025, la consommation de drogues et d’alcool sur le lieu de travail, tous secteurs confondus, a augmenté de 107% entre 2017 et 2025. La restauration n’y échappe pas.
Un enjeu tabou dans ce secteur
Le dernier baromètre de Santé Publique France avait confirmé cette tendance, en observant un taux d’addiction supérieur à la moyenne dans le secteur de l’hôtellerie-restauration pour l’alcool, le cannabis et la cocaïne, qui touche particulièrement les jeunes salariés. Alors que le verre (ou les verres) de fin de service est statué comme une norme dans les cuisines, adresser le problème de l’addiction est un sujet très tabou, puisque le turn-over de ces métiers repose sur la productivité et la capacité d’un salarié à gérer les moments de stress dans l’établissement. Remettre en question l’usage régulier des substances psychoactives permettant d’assurer sa place revient donc à reconsidérer l’injonction de la productivité.
Prévenir les addictions dans son établissement
Pour protéger la santé de leurs salariés (ou d’eux-mêmes), de nombreux gérants d’établissements mettent ainsi en place de nouvelles habitudes dans la routine de leur équipe. Laura Vidal, co-fondatrice du Small Group à la tête de plusieurs établissements marseillais dont la Mercerie, a levé la gratuité des verres de fin de service, afin de conscientiser le geste qui n’a rien d’anodin pour la santé physique et mentale. Elle a aussi réorganisé l’emploi du temps de son équipe afin de leur éviter des journées à rallonge, épuisantes et donc qui encouragent l’addiction aux substances qui détendent.
Voici quelques étapes à suivre pour libérer la parole au sein de votre équipe :
1 - DIALOGUER
Faire un débrief après chaque service si possible, ou au moins une fois par semaine pour que tout le monde puisse être entendu et écouté. Dépasser le tabou avec ses équipes en leur proposant par exemple de répondre au questionnaire FACE créé par la Haute autorité de santé pour faire le point sur sa consommation d'alcool.
2 - SENSIBILISER ET ACCOMPAGNER
Avoir le numéro d'un CSAPA près du restaurant (centre de soin, d'accompagnement et de prévention en addictologie), de la médecine du travail. Si besoin, proposer d’accompagner les personnes concernées pendant leur rendez-vous.
3 - CRÉER DU LIEN
Proposer aux équipes des activités de groupe qui n'impliquent pas de consommer, et créer de la cohésion qui ne passe pas par des conduites addictives.
4 - ARRÊTER D'INCITER
Enlever la gratuité de l'alcool, le faire payer à prix coûtant, favoriser la gratuité des softs en fin de service. Ne pas mettre de drogues à disposition du personnel et être exemplaire sur ses pratiques.
5 - ÊTRE TRANSPARENT
Être clair pendant tout le processus RH, voire même formaliser dans une “charte de bonne conduite” ou dans le pacte d’associés la non consommation d’alcool ou de produits stupéfiants au travail.
En savoir plus : écouter le podcast TOAST “Addictions en restauration : la goutte de trop ? avec Clara Tronçon - Gérante de la Brasserie des Chartreux (Marseille), Laura Vidal - Sommelière et co-fondatrice de The Small Group (La Mercerie, Livingston, Chardon, Pétrin Couchette), Yves Guillermain, psychiatre addictologue, chef de service addictologie du CSAPA Puget Corderie et Mélanie Muraccioli, psychologue.