Scandale du cadmium: les français surexposés à ce métal cancérogène

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Une nouvelle alerte a été lancée par l’Anses mercredi 25 mars 2026 : 48% des adultes français présentent une contamination au cadmium supérieure aux valeurs toxicologiques de référence. Écotable fait le point pour vous.

Le cadmium est un métal lourd qui s’accumule dans les sols cultivés sur lesquels sont utilisés des engrais phosphatés. Absorbé par les plantes, il contamine ensuite les denrées alimentaires cultivées au sol et particulièrement le blé, le riz, les pommes de terre, le cacao et les légumes racines et feuilles. 

D’autres aliments présentent des teneurs encore plus élevées en cadmium, comme les mollusques, les crustacés, les algues, et les abats par un processus de bioaccumulation. Ces aliments sont toutefois peu consommés aujourd’hui.

Tableau récapitulatif par aliment, montrant les différences en niveau de concentration et de contribution à l’exposition réelle

Un métal connu pour être toxique, voire cancérogène 

Le cadmium est classé cancérogène pour l’homme et fait l’objet d’une classification harmonisée européenne comme substance reprotoxique et mutagène. Sur le long terme, il peut provoquer une insuffisance rénale, une fragilité osseuse, un risque pour la reproduction et le neurodéveloppement, et le développement de certains cancers. 

La France est le pays le plus touché comparé à ses voisins européens, selon la nouvelle étude de l’ANSES. Cela s’explique notamment par les taux autorisés en engrais phosphatés (jusqu’à 90 mg/kg dans l’agriculture conventionnelle et 60mg/kg dans l’agriculture biologique) et par le processus de bioaccumulation dans les sols. En France, l’imprégnation de la population au cadmium a quasiment doublé en dix ans, passant de 0,29 à 0,57 µg/g de créatinine selon les données mobilisées par l’ANSES. Cette contamination a encore plus de conséquences pour les jeunes enfants. Ce sont 13% de tous les enfants et 36% des enfants de moins de 3 ans qui sont surexposés, selon l’Anses. 

Alerte rouge pour les fumeurs : ces derniers sont 53% plus exposés que les non-fumeurs en raison d’une présence accrue de cadmium dans le tabac, selon Santé Publique France

Et qu’en est-il du bio? 

L’ANSES fait savoir que l’agriculture biologique pourrait être tout autant contaminée du fait de l’autorisation d’engrais phosphaté d’origine naturelle.

Toutefois, le cahier des charges de l’agriculture biologique impose des limites strictes sur certains engrais phosphatés, autour de 60 mg/kg de cadmium. Surtout, il en réduit fortement l’usage, ce qui limite globalement les apports de cadmium aux sols.

Ainsi, des études scientifiques récentes semblent montrer que les agriculteurs bio n’utilisent quasiment pas les engrais issus de phosphate minier. L’étude « Phosphobio » conduite par Arvalis, l’institut technique des grandes cultures françaises, a observé les pratiques de fertilisation des sols menées sur 175 parcelles entre 2017 et 2021 : sur 866 situations documentées, une seule a employé du phosphate naturel.

Abaisser les seuils 

À l’échelle de l’Union européenne, la réglementation fixe aujourd’hui une limite de 60 mg/kg (règlement (UE) 2019/1009), avec une trajectoire de réduction vers 40 mg/kg puis 20 mg/kg qui a été discutée sans être pleinement actée à ce stade. En France, certains engrais phosphatés peuvent encore présenter des teneurs élevées en cadmium, pouvant atteindre jusqu’à 90 mg/kg dans des cadres nationaux spécifiques, notamment pour des produits ne relevant pas du marquage européen. Dans ce contexte, l’ANSES recommande d’abaisser ces seuils afin de limiter la contamination des sols agricoles et, à terme, de réduire l’exposition alimentaire des populations. Certains pays membres de l’Union européenne comme la Finlande, la Hongrie, la Slovaquie ou la Roumanie, appliquent déjà le seuil de 20 mg/kg.

Réduire son exposition au cadmium grâce à une alimentation variée et durable

Du fait de son caractère toxique s’accumulant dans notre corps, ce dernier mettra 10 à 30 ans à éliminer toute présence du cadmium. Il est donc recommandé de revoir dès aujourd'hui nos achats alimentaires.

Voici quelques conseils: 

  • Varier son alimentation :
    C’est une règle d’or pour éviter d’être exposé aux mêmes contaminants mais aussi de limiter la pression environnementale sur quelques espèces. Pour le cadmium, on remplace donc le blé par du sarrasin, de l’orge, du quinoa ou encore du millet. On fait le plein de légumineuses, qui sont nutritives et peu polluées: pois chiche, lentilles, fèves…
  • Privilégier le bio :
    Que ce soit pour les fruits, légumes, céréales, fromages ou viande: le label bio est aujourd’hui le label d’État le plus exigeant. Et le seul qui interdit les intrants de synthèses (engrais et pesticides). 


Et pour ceux qui aiment les pâtes? 

En attendant que le gouvernement et le parlement fassent évoluer la réglementation, on privilégie des pâtes bio, issus de blés anciens, voire même de blé italien, moins contaminé que le blé français !